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Comme beaucoup d’autres organisateurs avant eux, ceux de la kermesse de Ghoy ont décidé de jeter l’éponge.

La crise est décidément profonde en Belgique et sans doute plus encore en Wallonie. Chaque année, le nombre de course diminue et ce samedi, les organisateurs de l’épreuve de Ghoy, près de Lessines, ont annoncé que la quarantième édition de leur course serait la dernière. Nous avons voulu en savoir plus.

Claudy Plume, qui officie comme directeur de course, n’est pas tendre en évoquant la situation actuelle: « Si nous décidons d’arrêter, c’est pour de nombreuses raisons, à commencer par le nombre de coureurs inscrits. Cette année, nous avons eu de la chance puisque nous avons accueilli soixante élites et espoirs mais si on analyse les chiffres, on constate qu’il n’y avait que huit coureurs wallons au départ et une dizaine d’étrangers. Avec le temps, on s’aperçoit aussi que les mentalités changent. Avant, un coureur pouvait participer à trois ou quatre courses par semaine. Maintenant, c’est souvent maximum une course donc si il bloque son dimanche, il ne roule pas le samedi. Pourtant les kermesses restent un excellent moyen de s’entraîner. »

Evidemment, on peut aussi évoquer la lassitude d’organiser les choses depuis quarante ans. « Quelque part, les dirigeants de club ont envie de passer à autre chose, de profiter un peu plus de la vie et des week-ends en famille. Si seulement il y avait des jeunes derrière pour prendre la relève, ce serait encourageant mais hélas, on ne voit rien venir malgré plusieurs appels du pied… »

Les organisateurs ont aussi expliqué leur ras-le-bol à la télévision régionale Notélé.

D’autres éléments entrent encore en ligne de compte: « D’un point de vue logistique, la fédération est de plus en plus exigeante alors qu’on ne reçoit pas grand soutien. Les administrations communales n’ont plus trop envie de s’investir et de nous soutenir, tout comme la police d’ailleurs. Enfin, il y a les riverains qui ne se sentent plus du tout concernés par les courses. Les gens ne regardent même plus passer les coureurs devant chez eux et râlent s’ils doivent emprunter le circuit dans le sens de la course. On essaie pourtant de faire plaisir en offrant une animation gratuite dans le village. Et après les gens se plaindront qu’on n’organise plus rien. Même constat avec les automobilistes qui ne respectent pas les signaleurs. Le manque de civisme devient inquiétant. »

Claudy Plume insiste aussi sur le rôle des signaleurs: « On a la chance d’avoir une équipe de dévoués, tous bénévoles. Chez nous, on ne doit payer personne. Certains signaleurs étaient déjà là lors de la première édition. Certains d’entre eux passent leur matinée à brosser les routes car la commune ne le fait pas. Et désormais, on envisage d’obliger ces mêmes signaleurs à suivre une formation payante alors qu’ils prestent une fois par an. C’est vraiment n’importe quoi. »

Michel, signaleur pour la quarantième fois à Ghoy!

On se lamente aussi du prochain arrêt du club voisin de Lessines qui organise chaque année quelques courses mais finalement, Claudy Plume insiste sur un autre point important: « Les coureurs ne nous remercient même plus pour les efforts consentis alors que je m’investis depuis quelques années dans l’organisation d’un VTT qui a réuni cette année 750 passionnés. Au terme de cette épreuve, beaucoup sont venus remercier les organisateurs et venaient boire un verre à la buvette. Quelque part, c’est beaucoup plus gratifiant pour nous que d’organiser une course sur route. »

Cerise sur le gâteau, pour cette dernière édition, les organisateurs espéraient bien terminer la journée par une belle photo de famille réunissant les trois premiers de l’épreuve (remportée par Jens Vandenbogaerde devant Kenn Simon et Louis Deguide) mais la Communauté Française avait délégué une équipe de six personnes pour procéder à un contrôle anti-dopage. Sous prétexte que « tout le monde était pressé », le protocole n’a pu être respecté et la photo de famille n’a jamais été tirée. Cette dernière course à Ghoy aurait bien mérité une autre fin…